Les chiens dangereux.

« Si vous voulez savoir si un chien est dangereux, regardez qui est au bout de la laisse »

 

Le droit français a classé les chiens en différentes catégories en fonction de leur dangerosité.

Il existe deux catégories principales qui regroupent les chiens dangereux et qui comportent donc pour les détenteurs de ces animaux des obligations et des sanctions spécifiques.

Ces deux catégories sont définies par l’article L 211-12 du Code rural qui dispose :

« Les types de chiens susceptibles d’être dangereux faisant l’objet des mesures spécifiques prévues par les articles L. 211-13, L. 211-13-1, L. 211-14, L. 211-15 et L. 211-16, sans préjudice des dispositions de l’article L. 211-11, sont répartis en deux catégories :

1° Première catégorie : les chiens d’attaque ;

2° Deuxième catégorie : les chiens de garde et de défense.

Un arrêté du ministre de l’intérieur et du ministre chargé de l’agriculture établit la liste des types de chiens relevant de chacune de ces catégories. »

Explications.

 

1. Les chiens dangereux de catégorie 1.

Cette catégorie regroupe les chiens dits d’attaque.

On peut trouver l’expression tout à fait impropre, et c’est mon cas.

Un chien sera un chien d’attaque si vous lui apprenez à attaquer, si vous l’entrainez pour cela et si vous l’incitez à aimer ça.

Quoi qu’il en soit, il faut compartimenter les situations pour mieux les appréhender.

La loi a donc dû s’adapter.

Sont considérés comme des chiens dangereux de catégorie 1 ceux qui ne sont pas inscrits au LOF c’est-à-dire au livre des origines françaises.

Le LOF est un registre qui recense les chiens français de race.

Il s’agit donc d’un vaste livre généalogique canin.

Les chiens de catégorie 1 sont issus de croisements censés les rendre agressifs et dangereux.

Et malheureusement, on a constaté une augmentation du nombre de ces chiens, car une partie de la population a cherché à détenir ce type d’animal, non pas par amour des chiens, mais pour s’en servir comme d’une arme.

La catégorie 1 comprend les chiens qui ne sont pas des chiens de race, mais qui se rapprochent morphologiquement (du fait de leur croisement) des races suivantes :

  • American Staffordshire terrier ou pit-bulls ;
  • Mastiff ou boerbulls
  • Tosa

 

2. Les chiens de catégorie 2.

La catégorie 2 recense des chiens inscrits au LOF et sont donc des chiens de race.

Celle-ci vise des chiens dits de garde ou de défense qui sont les suivants :

  • de race Staffordshire terrier ou American Staffordshire terrier,
  • de race Rottweiler,
  • de race Tosa,
  • non-inscrits à un livre généalogique reconnu par le ministère en charge de l’agriculture et qui peuvent être rapprochés morphologiquement des chiens de la race Rottweiler.

 

3. Régime juridique des chiens dangereux.

Le législateur a cherché à limiter le nombre de chiens dangereux et a donc encadré strictement le régime juridique applicable à de tels animaux.

 

b1 : Interdiction de vendre, d’acheter ou d’offrir un chien de catégorie 1.

Depuis le 06.01.1999, la loi française interdit l’achat et/ou la vente de chien dangereux de catégorie 1.

Ainsi l’article L 215-2 du Code rural en fait un délit passible d’une peine d’emprisonnement de 6 mois et 15.000,00 euros d’amende.

En outre, seront prononcées, à titre de peine complémentaire contre tout contrevenant :

  • la confiscation de l’animal ;
  • l’interdiction de détenir un animal de catégories 1 ou 2 pendant un délai de 5 ans.

 

b2 : Stérilisation obligatoire de l’animal de catégorie 1.

Vous êtes dans l’obligation de faire stériliser votre chien de catégorie 1.

L’objectif est assez logique puisque l’on cherche à éradiquer ce type de chiens, ou en tout cas à en limiter le nombre.

Là encore, toute violation constitue un délit punissable des peines suivantes :

  • 6 mois d’emprisonnement ;
  • 15.000,00 euros d’amende ;
  • la confiscation de l’animal ;
  • l’interdiction de détenir un animal de catégorie 1 (logique !) ou de catégorie 2.

 

b3 : Interdiction de détenir un chien dangereux pour certaines personnes.

La loi interdit la détention d’un chien dangereux  :

  • aux personnes mineures ;
  • aux personnes majeures sous tutelle ;
  • à tous ceux qui ont déjà été condamnés pour un crime ou un délit ;
  • à tous ceux à qui l’on a déjà retiré un chien pour quelque motif que ce soit (on songe ici aux actes de maltraitances animales).

Si vous êtes dans l’un de ces cas, et que vous détenez un chien de catégorie 1, quelle qu’en soit la raison, vous encourez les peines suivantes :

  • 6 mois d’emprisonnement ;
  • 7500,00 euros d’amende ;
  • la confiscation de l’animal ;
  • l’interdiction de détenir un animal de catégorie 1 (logique !) ou de catégorie 2.

 

b4 : Obligation d’avoir un permis de détention.

Si vous n’appartenez pas à l’une des catégories de personnes énumérées au point précédent, vous ne pouvez cependant librement détenir un chien dangereux.

Il vous faut un permis pour cela.

Celui-ci vous sera délivré par le maire de votre commune sur présentation d’un dossier à compléter.

Il faudra notamment fournir les éléments suivants :

  • le justificatif de stérilisation ;
  • le certificat de vaccination ;
  • l’attestation d’assurance responsabilité civile ;
  • l’attestation d’aptitude à la détention d’un chien de catégorie 1 ;
  • le certificat vétérinaire de l’évaluation comportementale du chien.

 

b5 Obligation de souscrire une assurance civile.

Si vous détenez un chien dangereux, vous devez souscrire une assurance responsabilité civile pour les dégâts que celui-ci pourrait causer.

Si vous ne le faites pas, vous encourez une amende d’un montant de 450,00 euros.

 

b6 Obligation pour le maître de se former.

Si vous envisagez de détenir un chien de catégories 1 ou 2, vous devrez suivre une formation.

Celle-ci a pour objectif de vous apprendre à vous occuper de ce type de chiens.

Lors de cette formation, qui dure une journée, vous aborderez l’éducation, le comportement du chien et la prévention des accidents.

Vous recevrez ensuite une attestation de formation.

 

b7 Obligation de faire évaluer le comportement de votre chien.

Si vous détenez un chien de catégories 1 ou 2, vous devez le soumettre à une évaluation comportementale destinée à apprécier sa dangerosité.

Cet examen devra se faire entre les 8 mois et 1 an du chien, c’est-à-dire lorsqu’il est encore jeune.

Le vétérinaire qui procédera à cette évaluation classera ensuite votre chien en fonction de sa dangerosité dans l’un de ces 4 niveaux :

  • niveau 1 : Le chien  ne présente pas de risque.

Dans ce cas, il sera inutile de soumettre à nouveau votre chien à une évaluation comportementale.

  • niveau 2 : Votre chien présente un risque de dangerosité faible.

Vous devrez renouveler cette évaluation tous les 3 ans.

  • niveau 3 : Votre animal présente un risque certain.

Il faudra alors renouveler cette évaluation comportementale tous les 2 ans.

  • niveau 4 : votre compagnon présente un risque élevé de dangerosité.

Dans ce dernier cas, il vous faudra faire évaluer votre animal tous les ans.

ATTENTION : le fait d’ignorer cette obligation est une infraction qui peut vous conduire devant le tribunal et vous expose à une amende de 750 euros.

 

4. Que faire si votre chien a mordu quelqu’un ?.

 

ATTENTION : vous êtes civilement responsable des dégâts causés par votre chien (et cela quelque soit sa catégorie).

RAPPEL : si vous êtes l’heureux maître d’un chien dangereux, vous devez souscrire une assurance responsabilité civile pour les éventuels dégâts que celui-ci pourrait causer.

Si vous ne le faites pas, vous encourez une amende d’un montant de 450,00 euros.

Si un tel incident arrivait, il faudra immédiatement :

  • déclarer ce sinistre à votre assurance qui couvre votre responsabilité civile.

Celle-ci indemnisera la victime.

  • déclarer l’incident à votre mairie.
  • faire examiner votre chien par un vétérinaire afin de vérifier qu’il n’a pas la rage, et cela à trois reprises sur une période de temps de 15 jours.

 

ATTENTION : le respect de ces formalités ne vous évitera pas automatiquement des poursuites devant le tribunal, tout dépendra des circonstances.

Si le Procureur de la république décide de vous poursuivre devant le tribunal correctionnel, ou si la victime entame elle même des poursuites contre vous, vous encourez des peines qui peuvent aller jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 75.000,00 euros d’amende.

Plus grave encore, si vous n’avez pas respecté les obligations qui s’imposent aux détenteurs de chiens dangereux, ces peines sont portées à 7 années de prison et 100.000 euros d’amende.

Exemple 1 : vous détenez un chien dangereux sans avoir fait de formation pour cela.

Exemple 2 : vous figurez parmi les personnes à qui il est interdit d’avoir un tel animal.

 

 

5. Conclusions et réflexions personnelles.

Lorsque l’être humain dénonce la dangerosité de certains animaux sans parler de la sienne, on peut bien évidemment s’interroger.

Pour autant, il est indispensable de règlementer la vie en société, que ce soit dans les rapports des êtres humains entre eux ainsi que dans leurs rapports aux animaux.

L’expression d’animal dangereux me semble cependant impropre ou maladroite.

L’animal est ce que l’on en fait.

Bien entendu, certains chiens peuvent causer plus de dommages que d’autres, même en jouant.

Mais ce n’est pas leur caractère inné qui s’exprime alors.

Ces chiens là sont tout simplement victime de leur force, mais pas de leur dangerosité.

Un chien de race Rottweiler pourra fort bien se comporter comme un agneau, tout dépendra de la façon dont son maître l’aura éduqué.

Un chien maltraité et frappé aura une crainte des hommes qui le poussera à s’en méfier et à se défendre à leur approche, et cela quelle que soit sa taille.

Il pourra alors se montrer dangereux, indépendamment de sa taille.

D’où l’importance de l’éducation donnée à vos compagnons à 4 pattes.

Et si vous développez une véritable complicité avec votre chien, alors celui-ci ne sera jamais dangereux avec qui que ce soit, car il ne cherchera qu’à vous faire plaisir.

D’où cette phrase à ne jamais oublier et qui ouvre cet article  : « Si vous voulez savoir si un chien est dangereux, regardez qui est au bout de la laisse ».

 

REINS Didier
Avocat
17d, rue de Molsheim
67000 STRASBOURG
Tel : 03 88 32 42 15
Mail : reins.avocat@gmail.com
Site Web : https://reinsdidier-avocat.com

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